Le papier 2.0, pourquoi ?

Projets éditoriaux d’entreprises

En dehors de la publicité, le papier connecté peut remplir d’autres fonctions. On le retrouve notamment dans plusieurs projets éditoriaux et livres d’entreprises. Dans « En bande organisée » de Flore Vasseur par exemple, des QR codes sont parsemés tout le long du livre, donnant la possibilité d’avoir de plus amples informations sur certains faits d’actualité. Dès 2009, l’ouvrage « Le Sens des choses » sous la direction de Jacques Attali avait initié l’usage de QR codes.
Les initiatives éditoriales sont le plus souvent le terrain d’expérimentations menées par des start up comme l’agence UrbanExpé, spécialisée dans les expériences numériques interactives transmedia. Allier la technologie et le papier permet d’enrichir un contenu, de l’actualiser et surtout l’occasion de raconter différemment une histoire. A titre d’exemple UrbanExpé a travaillé sur un nouveau genre de « livre dont vous êtes le héros », de la collection « Loup solitaire ».

En résumé le papier 2.0 permet :
• d’enrichir: ajouter des éléments que l’on ne peut pas mettre faute de place. Associer d’autres supports au service de l’information: vidéos, sons.
• d’actualiser: donner de l’information en temps réel, rendre le livre dynamique.
• d’interagir: communiquer avec son audience, vers une lecture communautaire
• de raconter différemment: créer une narration différente, originale, offrir une nouvelle expérience de lecture en conservant le papier et son interface quasi irremplaçable.

Quelques exemples spectaculaires

Les annonceurs ont multipliés les initiatives afin de tester la pertinence de ces nouveaux moyens de communication et d’interaction papier-digital.

• Audi (Amarok Wi-Fi Ad Volkswagen AlmapBBDO)
En 2014 la marque automobile a décidé de marquer les esprits avec une publicité originale et innovante pour montrer que la voiture peut offrir davantage que le confort et la sécurité : les nouvelles technologies comme l’accès à Internet et aux données.

audi

L’annonceur a caché dans le papier de sa publicité une puce 3G qui offre 500 MO aux lecteurs. Il suffit d’ouvrir le magazine à la page de la publicité pour déclencher la puce. Il faut attendre que la lumière devienne bleue pour se connecter.
Il faut ensuite saisir le mot de passe « le pouvoir de l’intelligence » pour se connecter au réseau. La connexion se coupe à chaque fois que le magazine n’est plus ouvert à la page.

• Motorola fait changer la couleur des coques de son moto X dans le magazine Wired (2013)
Wired est un magazine connu des technophiles. Pour le lancement de son moto X, la marque veut insister sur les possibilités de personnalisation qu’elle propose et notamment sur l’esthétique de l’appareil. Ainsi, elle a créé une publicité imprimée qui, lorsque l’on appuie sur les différentes icônes colorées, fait changer instantanément la couleur de l’appareil. Quelques 150 000 lecteurs de Wired à New York et Chicago ont pu changer la couleur de la coque du téléphone présenté, d’une simple pression sur la page, grâce à un dispositif électronique inclus dans le cercle en couleur imprimé. Effet Waouh garanti !

• Le magazine augmenté Etapes et son application «:xtras » (2013)
Le magazine de design Etapes propose une application qui permet de découvrir des contenus additionnels tels que des photos, vidéos ou articles sur les sujets abordés dans le numéro. Une fois l’application installée, il suffit de pointer son iPhone vers les pages concernées. Grâce au scanner intégré, le contenu apparaît instantanément.

[:xtras] from Etapes on Vimeo.

Pour autant qu’ils soient réussis, ces expérimentations sont encore dans une phase d’évangélisation auprès des lecteurs. Mais on peut imaginer que ce geste deviendra de plus en plus naturel. De la même façon que la photo s’est progressivement imposée comme un attribut essentiel du smart phone et facteur différentiant sur la qualité de prise de vue, la lecture augmentée se développera.
A l’image du selfie et autre snapchat le papier 2.0 donnera probablement naissance à de nouvelles applications ou l’interaction et le partage en réseau signera l’avènement du papier 2.0 dans la communication qu’elle soit du monde des annonceurs, des consommateurs ou celui des entreprises.

Du papier 2.0 à l’Objet connecté et le Web 3.0

L’Internet des objets repose sur la communication des objets, quelle que soit la manière de les connecter : xG, NFC, puce RFID, capteur, bluetooth, wifi… L’Internet des objets, ce n’est donc pas une technologie en soi mais un système complexe qui repose sur l’interopérabilité entre le stockage et le traitement de données selon différents procédés.
L’Internet des Objets regroupe trois types d’appareils :
– les objets connectés directement à Internet (et qui stockent leurs données dans le cloud) ;
– le M2M (Machine to Machine), soit la communication entre machines et l’accès au système d’information sans intervention humaine, via une technologie Bluetooth, RFID, NFC, wifi ou 3/4G. C’est ce dernier secteur qui semble d’après les études être le plus prometteur.
– Les terminaux communicants (« smart connected devices ») qui sont les tablettes, les smartphones, les ordinateurs portables ou encore les lunettes connectées (type Google Glass).
A noter cependant que les ordinateurs portables, les tablettes et autres smartphones ne font pas partie de ce marché car ils appartiennent au marché du high-tech. Pour autant, les smartphones et ordinateurs portables sont bien évidemment étroitement liés aux objets connectés. Les objets connectés profitent également des plateformes sociales qui ouvrent la voie à de nouvelles possibilités de communication autour des objets connectés et permettent des progressions participatives – dont les utilisateurs sont de plus en plus friands.
Si tout le monde s’accorde pour dire que demain, les objets connectés auront envahi le quotidien de chacun d’entre nous il est intéressant de noter qu’il est rare qu’on cite le livre comme un des possibles dans le futur des objets connectés.

Aujourd’hui, sur le marché des objets connectés les principaux produits s’insèrent dans la branche santé & bien-être ainsi que la domotique. Presque étonnant que montres, brosses à dent, lunettes, balances, etc. viennent naturellement comme exemples et jamais le livre ?
Pourtant, sans que cela soit un point essentiel de sa probable mutation, s’appuyant sur l’évolution du papier électronique ou des connections de type NFC, on peut imaginer que de nombreuses applications d’interopérabilité proposées par un livre connecté verront le jour dans les domaines de la formation, des MOOC, des jeux, des RH, du Marketing, etc.
Il n’y a aucune raison de ne pas envisager cette mutation probable, même si elle est à imaginer à un horizon des dix ou vingt prochaines années. Il faut simplement retenir que le livre va poursuivre une mutation technologique et sociétale profonde tout en s’appuyant sur ce qu’il est, un média universel référent, symbole de la connaissance et de la mémoire du monde.

L’hommage vibrant de Lamartine à Gutenberg et au rôle de l’imprimerie qu’il écrivit dans la revue Le Civilisateur (1853), magnifique de poésie et de modernité peut résumer notre conclusion :
« L’imprimerie est le télescope de l’âme. De même que cet instrument d’optique rapproche de l’œil en les grossissant, tous les objets de la création, les atomes et les astres même de l’univers visible, de même l’imprimerie rapproche et met en communication immédiate, continue et perpétuelle, la pensée de l’homme isolé avec toutes les pensées du monde invisible, dans le passé, dans le présent et dans l’avenir… . Dans quelques années un mot prononcé et reproduit sur un point quelconque du globe pourra illuminer ou foudroyer l’univers.
La parole par le procédé perfectionné de Gutenberg sera redevenue, par la matière, aussi immatérielle que quand elle était seulement pensée… ».

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