Le salon international du jeu, Spiel Essen

Spiel Essen, c’est le plus grand salon de jeux de plateaux au monde. Plus de 1.000 jeux y ont été présentés et cette année encore la mécanique de « placement d’ouvriers » a été à l’honneur ; entre 2005 à 2015, c’est le genre qui a dominé le scène du jeu de société, et la domine encore aujourd’hui même s’il s’essouffle. C’est de cette mécanique dont je vais vous parler, intéressante tant au niveau de son principe que de la sémantique.

 Qu’est-ce que le « placement d’ouvriers » ?

Cela consiste à décider à chaque tour de jeu combien d’ouvriers seront affectés à diverses tâches à partir d’un pool de départ fini.

Le contexte dans le jeu de placement d’ouvriers se situe à n’importe quelle période puisqu’il s’agit d’une mécanique de jeu. Il peut être au Moyen-Âge ou contemporain, dans la réalité (ex. la construction d’immeubles ou de chemins de fer) ou dans un monde imaginaire.

 L’utilisation du terme « ouvriers » est intéressante, parce que le mot n’est quasiment plus utilisé, ni en politique (on parle de salariés, de chômeurs, d’entrepreneurs mais plus d’ouvriers et encore moins de classe ouvrière), ni en économie (qui emploie les termes de ressources humaines, collaborateurs, agents…), presque plus en sociologie, ni dans les arts (je vous mets au défi de me citer un livre, un film, et encore plus une oeuvre plastique qui mettrait en scène des ouvriers, ou même utiliserait le terme). Le mot et ce qu’il représente a été rayé de la carte par nos élites, et les travailleurs eux-mêmes ont, dès les années 70, préféré se qualifier autrement (soit par leur titre, soit par leur fonction mais plus comme appartenant à la classe ouvrière).

 Ce qui est intéressant, dans ces jeux de « placement d’ouvriers » et « gestion de ressources » (l’un n’engageant pas l’autre) est le leitmotiv à la fois écologique (beaucoup de jeux ont intégré l’impact environnemental dans leur stratégie) et humains (la ressource humaine, et sa bonne « gestion » est centrale).

Le jeu de plateau est un marché en pleine croissance et touche un public jeune (les milleniums – trentenaires – notamment) ; le succès de ces jeux (à noter que le phénomène est paradoxalement très peu étudié) montre le besoin des gamers de s’approprier et maîtriser le monde dans lequel ils vivent.

En 2017, les jeux de placement d’ouvriers tiennent encore le haut du pavé mais l’arrivée de jeux comme Outlive, qui utilise le déplacement d’ouvriers(les joueurs doivent sortir de leur refuge afin d’aller à la recherche de nourriture et d’outils pour survivre le jour, et la nuit utiliser les ressources obtenues durant le jour afin d’entretenir leur refuge, nourrir leurs survivants et survivre à la radioactivité environnante) est intéressante pour la vision qu’ont les créateurs de jeux de la société et de quelle manière cette vision a évolué ces dix dernières années.

 Du placement au déplacement, de la gestion à la survie. Le jeu est le juste reflet de notre monde.

 À lire

La sélection de Passion Board Games

Les listes de gamers sur Tric Trac

Le top 10 (en 2014) de Gus and Co

Les jeux de placement d’ouvriers en cours de financement participatif

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